Tout faire pour garder le pouvoir

 

Pourquoi nos autorités politiques ont elles une gestion aussi mauvaises et souvent un comportement si peu éthique?

Tous ne sont pas pourris, ils ne sont pas tous dépourvus d’intelligence. Ils sont entourés d’un nuage de spécialistes bardés de diplômes, de boîtes de consultance, …. à leur disposition. Alors pourquoi se comportent ils de cette façon ?

En écrivant ce chapitre, me vient, soudain, en mémoire le célèbre mot de Juncker, président de la commission européenne : « Nous les hommes politiques, nous savons très bien ce qu’il faut faire. Mais ce que nous ne savons pas, c’est comment être réélus si nous le faisons [1]».

Nos hommes politiques veulent rester en place, faire une belle carrière, être élu ou réélu. Pour cela, il faut obtenir de son chef de parti une bonne place sur les listes électorales à la prochaine élection. Et, ce n’est pas en promulguant des mesures efficaces qu’ils ont le plus de chance d’être réélu. Explications.

Plaire au président du parti

S’il veut poursuivre sa brillante carrière politique, l’homme (ou la femme) politique ne peut négliger les ordres qui viennent de la direction du parti. Surtout ne pas se mettre son chef de parti à dos. Que ces ordres soient idiots ou brillants, dogmatiques, contraires au bon sens, peu importe… Le doigt sur la couture du pantalon, il y a intérêt à acquiescer. Le chef a des moyens de pression notamment lors de la formation des listes électorales (voir plus loin) tels qu’il vaut mieux, pour préserver sa carrière, faire bonne figure même contre son gré.

Etre un bon soldat du parti

Ensuite, ce n’est pas la moindre obligation, le ministre pour être apprécié, doit être un bon soldat du parti. Répondre aux sollicitations des amis. Favoriser une fois Liège car un collègue influent l’a souhaité. Ne pas oublier Tournai car telle personnalité doit y faire son trou électoral, couvrir tel autre …

Favoriser son fief électoral par du donnant-donnant

Pour être réélu, le ministre pense qu’il doit ramener un trophée dans son fief électoral pour favoriser sa réélection : construire une route, ouvrir une école ou une piscine…peu importe, quelque chose qui lui soit attribué.

Chaque ministre est chargé de faire avancer la partie de programme de gouvernement qui concerne son ministère. Mais tous les projets doivent être avalisés par le gouvernement dans son ensemble, avant d’être adopté par le parlement. C’est le moment de marchander pour obtenir ses petits avantages pour son fief, pour ses copains, etc…Et cela donne lieu à … du n’importe quoi.

Parlant du ministre du budget (A. Antoine) : « [2]Il peut se montrer généreux mais en échange d’un petit coup de pouce pour Perwez et le Brabant. « Je te donne ton école, tu me donnes ma clinique ». Pour que les choses avancent, les ministres n’ont d’autre choix que de prendre en otage les dossiers de leurs collègues tant qu’un accord n’est pas intervenu sur les leurs. »

Lors des négociations avec Arcelor Mittal concernant la fermeture, en 2013, de 7 outils de la sidérurgie liégeoise en plus des hauts fourneaux, la Wallonie via son ministre Marcourt[3] a dépensé 250.000 € par personne licencié. Qui payera ? Les Wallons bien sûr, mais quand un ministre Liégeois négocie avec une industrie de Liège, il a un petit cœur tendre.

Incohérences, mensonges et langue de bois…

Notre classe dirigeante vise sa réélection. Donc, surtout, ne pas choquer son électorat quitte à diffuser des discours mensongers, manipulateurs, ou anesthésiants, ou stigmatisants (désigner un « mauvais », voilà qui est commode, surtout si celui-là ne sait pas présenter sa vérité).

En Wallonie-Bruxelles (et sans doute aussi ailleurs), on évite le parler vrai. Trop dangereux. Si on interroge un ministre sur ses mesures discutables ou sur son inaction… si les questions sont dérangeantes, le ministre sort sa langue de bois, au besoin,  ment,  dit n’importe quoi et ça passe… Le journaliste, en premier, avale la couleuvre.

2 exemples parmi beaucoup d’autres.

  • Le 29/10/2012, Le soir titre : « Entretien avec le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot. Il affirme : « Pas question d’être ministre en 2014 ». Moins de 2 ans plus tard, il devient ministre, vice-président régional. Alors que s’est-il passé, M. Prévot ?
  • Imaginons sa réponse :… Vous m’avez mal compris (phrase magique), on m’a quasi obligé d’accepter, je me mets à la disposition de mon parti … la situation a radicalement changé depuis ma déclaration de 2012… mon président m’a confié la mission de redresser la Wallonie, je ne pouvais pas refuser…
  • Idem pour Charles Michel qui, lui aussi, avant les élections, avait déclaré vouloir ne jamais s’allier avec la NV-A… mais il s’est trompé. Ben voyons !

Même simplement de l’éthique, ils n’en veulent pas

Politique et entreprises

Selon la Libre Belgique[4], l’eurodéputé et donneur de leçon Verhofdstadt est l’homme politique le mieux payé d’Euronext. Grâce à son poste d’administrateur à la Sofina, le holding contrôlé par la famille Boel, il a perçu 130.500 € en 2013 pour 4 réunions. Même en comptant le temps de préparation, cela fait cher à la minute. Seule la Sofina sait pourquoi elle paie autant !

Mais Verhofdstadt est loin d’être le seul politicien à bénéficier d’un emploi dans des entreprises privées ou publiques. Comment imaginer qu’ils ne soient jamais en conflit d’intérêts.

Cumul des mandats

En 2009, un web designer bruxellois, Christophe Van Gheluwe lance son site internet cumuleo.be. « L’idée, c’était de faciliter l’accès à cette information qui intéresse le citoyen et qui n’est pourtant pas si facile à trouver[5] » Et ça marche : 400.000 visites de son site par an ! C’est dire que le citoyen s’intéresse de près aux mandats exercés par nos politiciens.

Le site nous informe, par exemple, que le record de cumul de mandats en 2013 est détenu par Jean-Pascal Labille avec 50 mandats cumulés, dont 14 rémunérés. Ou encore que, toujours en 2013, Daniel Bacquelaine cumulait 20 mandats dont 8 rémunérés et qu’il siégeait à la fois à la Chambre des Représentants et comme bourgmestre de la Commune de Chaudfontaine.

Comment comprendre qu’un bourgmestre en fonction se présente, en plus, pour devenir député régional ou fédéral ? Ne dort il pas comme tout le monde ? Quand il ne se désiste pas au profit de son suppléant au soir des élections. Sans parler des cumuls de mandats dans les différents conseils d’administration d’intercommunales et autres instances (semi-)publiques ou privée.  Comment concevoir que ces cumulards aient le temps de faire convenablement leur boulot ?

Sous la pression des Ecolos, un décret régional sur le décumul a été voté en 2010. Bizarrement, il prévoit que 25 % des élus soient autorisés à cumuler. Les autres (75%) doivent choisir entre mandats  de député ou d’exécutif communal. Ceux qui sont autorisés à cumuler  le sont en fonction de leur taux de pénétration aux dernières élections. A l’occasion du débat de cette proposition au parlement wallon, les députés ont donné un spectacle lamentable s’arc-boutant à leurs bouts de gras. La presse a rapporté une résistance manifeste au sein de l’assemblée. Sans la pugnacité des Ecolo, voilà une réforme démocratique qui n’aurait jamais vu le jour.

En 2016, les députés du MR et de la majorité PS-CDH, débarrassé cette fois des écolos, remettent le couvert. En coulisse, ils négocient de nouveaux textes leur permettant à nouveau de cumuler plus facilement. Mais une fuite dans la presse provoque un tel tollé dans l’opinion publique qu’ils n’ont pas osé aller jusqu’au bout.

[1] Jean Claude Juncker : La chute d’un européen modèle dans express business en ligne  http://fr.express.live/2013/07/11/jean-claude-juncker-la-chute-dun-europeen-modele-exp-192928/

[2] Je te donne ton école, tu me donnes ma clinique, La libre Belgique 18-19/01/2014

[3] La Wallonie débourse 250.000 € par licencié d’Arcelor , Joan Condijts – L’écho du 29/3/2015

[4] La Libre Entreprise  5/4/2014

[5] Le rendez-vous annuel des cumulards, Stéphane Tassin, La Libre Belgique 16-17/8/2014